L'Art est public

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Vu et entendu aux Assises de la FNADAC

La Fédération des Associations des Directeurs des affaires culturelles a tenu ses assises les 9 et 10 mars derniers à Strasbourg, sur fond de constat inquiet, face à la baisse généralisée des budgets de la culture et la quasi absence de celle-ci dans le débat électoral. Un programme entrelacé de plénières, d'agoras, d'ateliers... Difficile de tout restituer sans devenir indigeste, alors un parti-pris dans le post : le florilège de citations.

Séance plénière  d'ouverture du 9 mars

Introduction

Par Frédéric Lafond,  président de la FNADAC.

 Le président rappelle les fondamentaux toujours bons à entendre:« Il est urgent de considérer les politiques culturelles comme un enjeu de société, et la considération du principe d'altérité «  comme outil de lutte contre toutes les violences.

Il place également la co-construction dans son discours, tout en soulignant la nécessité de faire en sorte «qu'elle ne puisse pas donner lieu aux populismes en instrumentalisant la participation.»

On retiendra aussi une inflexion intéressante du discours sur les priorités : «Dans un temps ou l'altérité se heurte souvent à la brutalité, où la dépense culturelle apparait de moins en moins légitime, il est urgent de trouver un nouveau maillage réparateur des inégalités culturelles.» 

Et on appréciera qu'il torde le cou à la tarte à la crème de l'apport de la culture dans l'économie,qui a effacé la question sociétale, et galvaudé les mots de valeurs, investissement.

Une introduction aux questions posées aux intervenants: «Quelles évolutions entre démocratisation, démocratie, citoyenneté culturelle ? En quoi le rapport culture et citoyenneté, réinterroge t-elle le projet européen, et les rapports entre centre et périphéries ?»

 

Patrick Viveret, philosophe, essayiste, fondateur du collectif Roosevelt: « La cerise dans le gâteau »

« Pourquoi ça ne va pas plus mal ? »

« Que veut dire citoyenneté dans le monde mondialisé » ?

C'est ainsi que Patrick Viveret entame sa (brillante) intervention. Morceaux choisis.

« Le lien entre culture et citoyenneté est l'enjeu même de la citoyenneté du monde. Ce qui nous oblige à nous demander « quelle culture est ouverte sur la citoyenneté » ?Il existe une culture qui nous ouvre et une qui peut nous fermer
Tant la citoyenneté que la culture font appel à un hybride entre émotion et rationalité, à une époque où nous sommes tirés du côté de la « peste émotionnelle » diagnostiquée par Wilhelm Reich dans Psychologie de masse du fascisme.

« On ne combat pas la peste émotionnelle uniquement par la critique rationnelle, ni des affects par de simples arguments » .Nous avons besoin d'émotions tournant du côté de la fraternité, du côté de la joie de vivre.

Une politique culturelle n'a de sens que si elle est du côté du pouvoir créateur. Un pouvoir de domination se nourrit de la dépression des dominés auxquels ils s'adressent.

Le combat commence par le langage.

Etymologiquement, la « Valeur », c'est la « force de vie », le «bénéfice» vient le bienfait. Si on le réduit aux valeurs ajoutées monétaires, on le réduit en terme de forces de vie. La destruction d'un écosystème nourricier est une perte de valeur.

Remettre l'économie en culture, c'est poser la question : qu'est ce qui compte dans nos vies ? »

Si ce que l'on compte devient contradictoire avec ce qui compte, les sociétés rentrent en dépression profondes, elles peuvent engendrer la peste émotionnelle.

Je souhaiterais que la culture réintroduise un « cadran » , une comptabilité bénéfique et une monnaie locale et citoyenne ; la richesse globale est infiniment plus large que ce qui est exprimé par les formes monétaires.

Il faut que le politique se pose la question de la mondialité, au sens où l'entendait Edouard Glissant.

Le passage à la mondialité, c'est celui de la position de « pilote de chasse » à celle d'astronaute, avec deux émotions : émerveillement sur le monde et constat de sa fragilité écologique et anthropologique.

La mondialité se traduit souvent par une rencontre entre ce que nous qualifions de modernité et la tradition. Comment pouvons nous faire un tri sélectif à l'intérieur de chacune ? Garder de la modernité la liberté, individuation, droit des femmes, et y critiquer la chosification du vivant et des humains dans « le fondamentalisme marchand ». Préserver le meilleur du traditionnel : la reliance au social, aux questions du sens et y critiquer la logique du contrôle social.

La citoyenneté mondiale se situe dans ce dialogue entre reliance et liberté.

C'est là même le sens de la culture, qui n'est pas cerise sur le gâteau, mais « cerise dans le gâteau ».

 

 Yves Citton (écrivain et essayiste)

 

Avec humour, Yves Citton, invité à traiter du sujet de son dernier livre "Pour une écologie de l'attention" a diagnostiqué ce qu'on appelle aujourd'hui le décifit de l'attention et "qui n'est pas tant liée à notre époque mais au capitalisme, qui incite à la distraction systématique de notre attention et à nouveaux produits. En 1820, on se plaignait de la kaléidoscomanie.»

Quelques formules chocs dans son exposé :

Sur l'économie de l'attention : « Si c'est gratuit, c'est que c'est vous qui êtes le produit » ;

« Pour qu'une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps » ( Flaubert)

Toutes les procédures d'évaluation contribuent à valoriser ce qu'elles prétendent évaluer.

ll n'y a pas pas de mauvaise publicité. Mais la publicité est une distorsion de concurrence » 

L'attention appelle l'attention.

L'attention ne se conjugue pas au singulier, elle connait toutes sortes de niveaux :

L'attention créative, c'est quand on reconnaît pas immédiatement les choses, que leur

 catégorisation est retardée ». Comme le disait Marshall Mc Luhan. , « l'artiste nous fournit des anti environnement qui nous rendent capables de voir l'environnement »

En préconisation de politiques culturelles, il a des propositions originales ;

- Un Copy far left sur la toile avec une taxe minimal pour tous les contenus qui favorisent l'épanouissement personnelle et maximal ceux qui ne visent que le profit commercial

- une Taxe sur la pub.

  • La possibilité de ralentir la vitesse de chargement d'un site au delà d'un certain seuil de connexions pour favoriser la diversité.

Il termine sur cette recommandation :

« Attention aux illusions portées par l'économie de la connaissance ! ».

 

Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand

Coprésident de la commission culture de « France urbaine ».

« Nous vivons une période de crise, mais aussi une période de mutation que je trouve enthousiasmante, qui exige de trouver des solutions, ce que nous ne ferons pas seuls ; Le défi, c'est d'arrêter d'être isolés.

Ces dernières années, on s'est arrimé à la culture comme vecteur de l'attractivité, et de la compétitivité. Et du coup, on n'a pas convaincu de la valeur de la culture pour les citoyens.

Les urgences, c'est de s'adresser en premier à la jeunesse et l'enfance et de revenir à l'empathie et à la bienveillance qui ne sont pas des notions cucul la praline, mais le seul moyen de remettre du vivre ensemble. »

Il décrit quelques actions menées dans sa ville, dont les Etats généraux de la culture qui ont vu 1200 contributeurs . Clermont a également mis en place, 5 postes de médiateurs, pour animer parcours artistiques dans toutes les écoles de Clermont-Ferrand ( soit 9000 enfants).

Il termine enfin sur les inégalités dont souffrent les villes moyennes et le monde rural par rapport aux métropoles, l'intercommunalité pouvant être selon lui l'une des solutions.

 

Nicolas Cardou ( directeur-adjoint d'Arcadi)

Nicolas Cardou dresse un tableau un peu moins idyllique. En levant un lièvre : la disparité entre les budgets fléchés en direction vis à vis de la précarité les lieux où naissent l'expérimentation et la nouveauté.

« Il y a un bilan de la labellisation et du cloisonnement à tirer ; C'est peut être grâce aux politiques culturelles que l'on connait le mieux la population. Pour proposer autre chose que de la consommation individuelle, il faut de l'action locale. En ce moment, C'est difficile en raison d'une verticalité qui s'est accentuée. La priorité est de renforcer l'inter-territorialité et intersectionnalité.»

 

Eva Doumbia (auteur, metteur en scène, directrice de la compagnie La Part du Pauvre)

Seule artiste (et seule femme) de la table ronde, Eva Doumbia explique d'où elle vient : une mère normande, un père sénégalais, et se revendique « afropéenne ». Elle est l'une des instigatrices du collectif « Décoloniser les arts ».

« Décoloniser, ce n'est pas seulement faire plus de place à des acteurs issus des minorités visibles, mais aussi travailler à la décolonisation de l'imaginaire, des récits et des formes ». Pour moi, c'est passé par un parcours conventionnel, avant d’inventer des événement, d'utiliser les réseaux sociaux our ceux qui se sentent exclus des scènes. Comme le « cabaret capillaire » qui a fait le buzz avec un groupe Facebook, et l'événement Massifia Afroeuropa à la Friche de la Belle de mai à Marseille ! Je peux être une porte  à une politique d'hybridation nécessaire, »conclut-elle.

Un débat a permis quelques précisions et interrogations. Avec le constat amer d'une réalité qui voit, partout le resserrement des budgets culturels, avec toutefois de grandes disparité. Et l'insistance sur la nécessité de rééquilibrages : entre les grandes institutions et les lieux de découverte, entre les métropoles et les villes moyennes et les bourgs, entre Paris et les Régions. Des intervenants ont également souligné la nécessité de penser l'espace public comme un point à occuper ;

Yves Citton a aussi évoqué un point aveugle des politiques culturelles : la nécessité de penser la relation entre la culture et le « trou noir » des médias.En conclusion, Laurence Dupouy-Veyrier, Directrice des affaires culturelles à Nanterre, rappelait une évidence : «Plutôt que de "s'adresser à" , ou «"couvrir des besoins", il est urgent de mettre en place des démarches contributives en direction des jeunes. Ce qui ouvre à la question des droits culturels, abordée en atelier, et donc il sera question dans un post suivant. (teaser) 

 http://fnadac.fr/

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